La misère et la pauvreté s'étendent sur notre pays, dans nos villes, l'air de rien. Et personne ne semble s'en inquiéter outre
mesure. Pourtant certains signes ne trompent pas. N'avez vous rien remarqué? Chaque jour ils sont de plus en plus nombreux ; ils sont partout, dans les bars, dans les rues, dans les magasins,
dans les discothèques... Ils mènent leur vie comme si de rien n'était, mais leur vue me glace le sang. Serais-je le seul à m'émouvoir de cette tragédie? Elle se joue sous nos yeux
quotidiennement, inexorablement. Par ce texte j'ambitionnne d'éveiller les consciences, d'exalter la solidarité, de transcender la notion de fraternité, afin que nous puissions tous aider ces
jeunes dans un élan commun de générosité spontanée et flamboyante.
I HAVE A DREAM!!
Hem. Je prends conscience que vous n'avez peut-être pas encore compris de quoi, ou plutôt de qui, je veux parler. Je ne vous en veux pas, et pour les plus lents je consens
volontiers à développer mon propos. Mon apparition subite aux barricades de la tolérance et de l'entraide peut surprendre ceux qui me connaissent. Je ne suis pas un meneur, je ne suis pas de ceux
qui soulèvent des populations, mais l'horreur a ses limites que l'indiscible repousse encore plus loin que les miennes (de limites). Je ne comprends pas non plus la fin de cette phrase, mais
c'est venu comme ça. En un mot comme en cent, il suffit. Il faut agir. Et vite. Pour agir (et vite) je vais devoir me résoudre, à un moment donné, à préciser ma pensée comme promis au début de ce
paragraphe finalement bien inutile.
Je viens juste de décider de changer le titre de cet article pour brouiller un peu les pistes. Je viens juste de décider de faire durer un peu le suspens. Je viens juste de
décider que j'allais m'égarer un peu comme j'aime tant le faire. J'ai le temps. Je chéris de plus ces déviations un peu mystiques qui me prennent par surprise lorsque j'écris, signe que mon
esprit pédale, s'évade, prend le contrôle de mes mains sans la permission de ma très sage conscience. Hop. Evidemment je prends ce faisant le risque d'égarer, en plus de moi même, quelques
lecteurs. Je considère raisonnablement pouvoir affirmer sans frémir que le cardinal de l'ensemble "mon lectorat" n'excède pas quelques. A la lumière de ces éléments, cet égarement s'apparente
donc à un véritable petit suicide littéraire (si je peux me targuer modestement d'un tel qualificatif). Ah, on me dit dans l'oreillette que si je continue je vais prendre une gifle (minimum).
Rhô, si on ne peut même plus rigoler un peu! Au bureau... Tout seul... Comme un con... Bon ok.
J'en ai vu un pour la première fois en vrai au mois de janvier si mes souvenirs sont bons. Je ne sais pas exactement quand a commencé le phénomène mais il s'amplifie à une
vitesse phénoménale. Je parle ici de ces jeunes péons qui n'ont pas les moyens de manger ni de s'acheter des vêtements. Ils sont maigres, et portent des jeans cigarette taille 8 ans, les vieux
polos et chemises de leur grande soeur, les anciennes lunettes de soleil de leur père (voire de leur mère dans le pire des cas), les converses miteuses de leur grand frère et la coiffure de...
euh... chais pas moi, Fonzie? Leurs copines se balladent affublées de leur collant de danse avec parfois une mini jupe par dessus, leurs ballerines et une sorte de sac à rayures pour couvrir le
haut du corps. Elles partagent les goûts des messieurs pour les lunettes de soleil. Il est à mon sens révoltant d'accepter que la pression sociale qui pousse ces jeunes gens à dépenser toutes
leurs économies dans des ipods, téléphones portables derniers cris, etc... au point de ne plus pouvoir se nourrir et se vêtir convenablement continue son intolérable progression.
Comment imaginez vous la vie coincé dans un jean full moulant avec les lunettes de soleil de Tom Cruise dans Top Gun (ou Ponch dans Chips, au choix), condamné à subir les
quolibets incessants des gens normaux, à prévoir à l'avance toute envie pressante ou toute érection inopinée qui risquerait de littéralement faire pêter la braguette? Ces jeunes gens doivent
vivre un enfer sans nom. Certains ne parviennent même pas à remonter leur pantalon jusqu'en haut des jambes pour sauver le minimum de dignité qu'il pourrait leur rester... L'autre jour j'en ai
croisé un qui portait des espadrilles!! D'authentiques espadrilles informes à semelle de corde. Le malheureux ne pouvait même pas espérer les dissimuler un peu sous son pantalon puisque ce
dernier lui moulait le mollet au point d'en voir ses varices au travers du tissu, conséquence inévitable d'une malnutrition avérée et d'un manque d'exercice flagrant.
La situation est terrifiante. Avec ces vêtements, même s'ils parviennent à réunir quelques sous pour se payer de la nourriture, ils doivent constamment se méfier de la moindre
prise de poids au risque de voir leur tenue se craqueler de partout pour finir en lambeaux. De plus, une fois ladite tenue enfilée, aux prix d'efforts surhumains, l'éventualité d'un changement de
pantalon me semble plus que compromise sans risquer de perdre un membre. Ils ne peuvent pas rire, soupirer, marcher normalement, se pencher, plier les jambes... Le lacet de la converse se défait,
il est dans la merde le type! Ces gens sont condamnés, certains n'ont pas encore fini leur croissance et se trouvent certainement plongés dans la terreur effroyable de prendre quelques
centimètres qui seront fatals à leur tenue. J'éprouve la plus grande peine à continuer de vous décrire cette tragédie, je préfère m'arrêter avant que l'émotion ne me submerge...
Je suis bien sûr parti du postulat flagrant que ces jeunes gens ne peuvent tout simplement pas faire exprès de s'habiller ainsi. Ils n'ont FORCEMENT pas le choix... Il est
inconcevable d'imaginer une seconde qu'ils achètent en fait ces vêtements, de la même manière que vous et moi achetons nos jolis habits confortables... Nous devons les aider.