Un frisson me parcourt.
Je pense à elle.
Ce bureau est juste un peu trop froid, un peu trop étroit, pour contenir mon âme vagabonde, pour me contenir moi. Je dépasse, je déborde, je m'enfuis, je m'envole. Prisonnier de ces stores
protecteurs, toujours baissés, je n'ai d'autre choix que de torturer mon clavier. Mes yeux fatiguent, mon cerveau enfle. Je me sens sec et fatigué. Et pourtant nous sommes en milieu de matinée...
Seulement. Le temps est ici perfide, sans doute courbé par l'armée de travailleurs unanimement tournés dans le même sens, pédalant vaguement de leur énergie molle pour faire avancer la déesse
suprême entreprise.
Je flotte entre deux mondes, parallèle aux êtres qui m'entourent, qui m'indiffèrent mais me perturbent. Ils s'agitent, s'énervent, communiquent, inconscients, aveugles et bornés. Ils galopent,
traînent de réunion en café en clope, se vautrent dans leur inutilité flagrante et m'enveloppent de leur apathie sournoise. Moi, je recule, j'observe, j'écoute, j'interprète. Je suis consterné.
Je m'interroge tout en trompant l'ennui, repoussant les assauts incessants de la contagion. Ils sont tellement prévisibles. Un bétail ordonné et hypocrite. Une chaîne. J'en suis un des maillons,
par faiblesse. Le pire, malgré mes dissidences, étant que je suis sans doute un des maillons forts, si seulement il en existe.
Ma concentration s'évapore...
Nuage sombre et rayon de soleil.
Cliquetis intempestifs et odeurs vagabondes.
Ma bouteille d'eau à moitié pleine, à moitié vide, trône devant le téléphone toujours silencieux. Mes doigts ralentissent. La musique lancine... Les gens passent, bonjour, repassent, claquent,
rebondissent, ineptes baudruches dégonflées, insipides, conformes.
Un frisson.
Un coeur qui gonfle, qui se remplit, doucement, il n'est plus habitué, il est encore un peu fragile.
Une pensée, des pensées, toutes mes pensées.
Elle.
Ses yeux... Elle me sourit. Je ferme les yeux.
Je pense à elle...
Merci à toi pour tes compliments et pour ta fidélité...