Dimanche 22 juin 2008
    Les beaux jours et l'envie reviennent. L'envie de produire quelques bons mots, une ou deux jolies phrases, pourquoi pas, à n'en pas douter mon talent le permet. Les beaux jours, ben les beaux jours quoi. Je ne vous ferait pas l'affront de vous parler du temps, nous sommes bien au dessus de ces considérations entraînant conversation futile sur babillage inconsistant (tout de même il était temps).
L'envie de râler aussi, sans doute. Il suffit. Fichtre, peste et compagnie. Je me trouve un peu acculé puisque, malgré l'envie florissante et l'inspiration naissante, je suis un peu dénué de sujet précis. Et je crains le pire car vu le bouillonnement interne le risque de partage en gesticule est plutôt élevé. Je dirais 7 sur l'échelle de Jean Voichier.

    J'essayerai donc tant que faire se peut de canaliser mes accès de... de quoi d'ailleurs ? Mes accès de raaaAAAAaaaaAAaaagrmbl disons. Je ne me prends vraiment pas pour un type disposant de l'esprit nécessaire à une quelconque critique du monde qui nous entoure, de notre merveilleux pays peuplé de monstres gentils. Cependant la tentation l'emporte, il faut que j'en sorte un peu. De toute manière je m'en fous pas mal si je n'ai pas l'esprit patati patata, je fais bien ce que je veux. Rassurez vous je ne basculerai point dans le révolutionnarisme primaire, enfin j'espère.

    Et la carotte, elle met le chocolat dans le papier alu.
    Pourquoi donc une carotte me direz vous. Ne faites pas les ptits malins, je sais que vous fusionnez d'impatience (oui, oui, si fait) de savoir de quoi diantre il peut bien retourner. Je vais vous éclairer. Hop. Je suis assis là suant un brin, ventilé pourtant, collant au dossier de mon siège si confortable, et je me dis qu'on vit une époque de plus en plus formidable, porté par tout le cynisme dont je suis capable, baigné par mon sel et mes sarcasmes.

Une époque où la carotte commence à reigner en maître. Ou plutôt en maîtresse. Le maître c'est son grand pote le bâton. La carotte et le bâton. On connaît fort bien sieur bâton depuis quelques temps, j'éviterai d'enfoncer le clou. La carotte un peu moins. C'est nouveau. Enfin plus ou moins. Disons qu'elle devient fort audacieuse l'oblongue orangée. Pour contourner les risques suscités je m'appuirai sur un exemple de carotte récent qui ma foi me paraît fort représentatif de mon argument (si toutefois il est permis d'oser ainsi qualifier ce texte (j'ose)).

    J'ai récemment appris en même temps que la plupart de mes concitoyens prêtant petite oreille aux actualités qu'une association réclamait un bonus de point au bac qui serait attribué aux "personnes souffrant d'un problème de surpoids" tentant d'y remédier par les plus grands efforts dont ils sont capables. Je guillemète car il serait bien plus pratique de les appeler les gros, seulement c'est apparemment inconvenant, en plus d'être pratique. Choisissez votre camp. Nous autres Français aimons le politiquement correct, les gros sont des personnes souffrant de surpoids, les vieux des personnes âgées, les handicapés sont des personnes à mobilité/capacités réduites etc...
Attention, je n'ai rien contre les rondouillards, les enrobés, les obèses, les bien en chair (ni contre les handicapés ou les vieux, quoique...), n'y voyez aucunement la marque d'un manque de respect. Une petite impertinence latente, tout au plus. Rien de bien grave. 

    Venons en au fait. Un bonus de points. Au bac. Pour les gros. Qui essayent de maigrir. Ha ! Lorsque pour la première fois cette idée parvint à ma connaissance je me suis interrogé tout de go. Est-ce que le surpoids entraîne une diminution des capacités cognitives ? Mon bon sens paysan allié à une puissante culture scientifique m'indique qu'a priori non. A posteriori non plus. Alors ? Alors j'ai dû chercher, et prêter oreille attentive aux explications données par l'association en question. Laissez moi vous exposer la raison, une belle carotte risible. Il s'agirait en fait (j'utilise le conditionnel pour des raisons évidentes) d'une nouvelle forme de lutte contre l'obésité. Ah ? Oui ça m'a fait ça aussi.

    Donc, le gros qui passe son bac se verrait octroyer 18 points (pas sûr du chiffre). Et comme par miracle ce magnifique cadeau arbitraire provoquerait chez lui une prise de conscience ainsi qu'une motivation à toute épreuve lui permettant enfin de rejoindre l'univers des pas gros. Pardonnez mon incrédulité mais je doute, je suis sceptique et un peu coi. Ah oui et je me marre pas mal aussi malgré l'aspect pathétique indéniable de la chose.
    Si vous avez bien suivi vous avez noté l'utilisation du terme "arbitraire". Il est apparu car je me demande bien comment pourrait se faire la sélection à l'accession aux points de la lutte. Il y aurait un poids minimum ? Un indice de masse corporelle ? Et n'oublions pas que le candidat devrait pour bénéficier du bonus montrer qu'il fait les efforts nécessaires pour mincir. Faudrait-il alors produire une vidéo sur laquelle on verrait le gros faisant des exercices ? S'entourer d'un staff médical assermenté pouvant attester des efforts produits ? "Attendu que l'individu Jean Bono, en présence de l'huissier nutritioniste assermenté Jean Nhairienafouthre, a produit tous les efforts nécessaires pour mincir, j'autorise l'attribution du bonus." Non, pardon mais non. Et je ne parle même pas des benêts un peu rik et rak en terminale qui auraient la géniale idée de grossir pour accéder aux points supplémentaires.

    Intention ô combien louable de vouloir lutter contre ce fléau moderne qu'est l'obésité, je suis le premier à applaudir des deux cuisses, mais franchement, trouvez de vraies idées. Des idées qui feraient comme si les gens n'étaient pas trop cons, des idées qui reposeraient par exemple sur l'apprentissage, sur l'éducation, sur la prévention, plutôt que sur la carotte et le bâton. La tentation est grande de faire le parallèle avec le fameux bâton "radar automatique et armées de policiers bardés d'infâmes quotas", mais je laisserai cela pour plus tard. Encore une fois j'ai la critique facile, et je ne propose pas grand chose. J'en suis conscient et désolé, mais là j'avais juste envie de râler, car en ce qui concerne la carotte et le bâton finalement, je crains le pire pour nos fondements.
Par PimenT - Publié dans : Le PimenT PiQuE
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