Préambule : Ce texte a quelques mois. Je l'avais laissé inachevé. Je le reprends compte tenu de l'actualité,
et malgré le fait que je le trouve un brin morbide. Bah, mes lecteurs ne sont pas des chatons mignons portant sur le monde un regard noyé par l'innocence. L'actualité : le gilet jaune et le
triangle. Ca y est je suis officiellement hors la loi. Je n'ai pas le fatidique gilet jaune dans la voiture. Par contre je dispose bel et bien d'un triangle, et ce depuis fort longtemps. Héhé.
(Il est dans mon garage.) Je ne m'étendrai pas pour le moment sur les sentiments que m'inspirent cette mesure, peut-être une autre fois. Cela dit, venons en au fait, un jour j'enfilerai mon gilet
jaune...
Un jour je sentirai le souffle chaud de l'extrême parcourir mon échine. Un jour je m'exposerai au danger. Un jour j'expérimenterai une réduction drastique de mon espérance de
vie. Presque une "near death experience" (oui, presque presque). Un jour je me tiendrai sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute et je ne frémirai pas, contemplant mon espérance de vie
toute neuve de 20 minutes.
J'ai souvent entendu dire que sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute l'espérance de vie d'un piéton n'est que de 20 minutes. Jusqu'à aujourd'hui j'acceptais
l'information d'une oreille distraite, sans me poser de question. Mais la vivacité inégalable de mon esprit m'enjoint en ce jour à m'interroger sérieusement (ou pas) sur les origines de ce nombre
inquiétant. D'où vient-il ? Quelle est son histoire ?
J'imagine aisément que nous avons ici à faire à une jolie petite crotte de statisticien. Je n'ai rien contre les statistiques mais considère que la prudence est de mise ; car
un fiéfé spécialiste dénué de scrupules a le pouvoir de manipuler les résultats dans le but, avoué ou non, de tromper n'importe quel profane qui ne dispose pas d'une solide formation et de toutes
les données mises en jeu. En même temps, à sa décharge, le profane n'a pas envie d'en savoir plus pour la simple et bonne raison que l'exercice peut rapidement s'avérer complexe et chiant.
Surtout chiant. Et complexe...
L'Etat d'ailleurs ne se prive pas de nous abreuver de statistiques censées prouver l'efficacité de son action en matière de sécurité routière. Terrain glissant, ce n'est pas le
propos...
Revenons à nos 20 minutes. Il paraît évident que c'est une moyenne. Je vois deux solutions :
1) On fait appel à un échantillon représentatif de la population comme pour un sondage. Ces personnes sont convoquées par une autorité supérieure et ne peuvent décliner
l'"offre". Il vont se sacrifier pour le bien de la nation. Ces citoyens sont envoyés sur les bandes d'arrêt d'urgence des autoroutes de France, au hasard, dispersés. Oui on les disperse. Imaginez
un groupe de 1000 personnes marchant au bord de l'A4 ! Les résultats seraient faussés. Il ne faut en effet en aucun cas que les automobilistes soient perturbés. Il est nécessaire qu'ils se
comportent normalement. Donc on disperse. Eventuellement on imagine quelques scénarios en introduisant par exemple une voiture en panne avec pour mission de la réparer/faire réparer.
Il ne reste plus qu'à observer. Les observateurs, eux, sont du côté sécurisé de la glissière de sécurité (comme le bon sens l'indique), et notent les heures de décès. Par
contre je ne sais trop ce qui arrive dans le cas où le cobaye ne meurt pas immédiatement sur le bord de la route mais quelques heures plus tard à l'hôpital. Quelle est alors l'heure significative
?
Cette solution me paraît peu probable. Quand décider d'arrêter l'expérience ? Car il me paraît peu probable que tout l'échantillon y passe rapidement (mais si !! au bout de 20
minutes on te dit). On ne peut se permettre de laisser ces pauvres gens mourir de faim sur la BAU. Ce serait tout simplement cruel, voire monstrueux. N'est-ce pas ?
Peut-être suffit-il de coupler l'expérience avec le temps moyen que les secours mettent pour arriver sur les lieux d'une panne ou d'un accident contraignant les victimes à
errer sur la BAU. Dans cette hypothèse, il suffit d'arrêter l'expérience au bout de cette durée, considérant que ceux qui n'ont pas succombé seraient alors tirés d'affaire. On compile seulement
les données des décédés, les survivants ne pouvant se voir attribuer une durée de vie infinie.
2) On part du principe qu'un type en panne ou accidenté sur la BAU appelle des secours (ou que quelqu'un le fait pour lui s'il est mal en point). Il est alors aisé d'avoir
accès à l'heure d'appel puis à l'heure d'arrivée des secours. Si le gazier est mort à l'arrivée des secours, on approxime grosso modo en considérant que les secours ne mettent pas non plus trois
quarts d'heure à se pointer. Là ça devient compliqué, et mon cerveau tourne trop vite. Trop de possibilités rendent cette solution absolument bancale, même si elle représente, je pense, la plus
plausible des deux (solutions).
Permettez que j'abrège. Cette espérance de vie sur l'autoroute me paraît quand même être plus ou moins une vaste imposture. Ou alors je suis totalement largué (ce qui est fort
probable, j'ai calculé que mon espérance d'écrire un truc sans être largué est d'exactement 3'52"). En tout cas je ne sais pas d'où sortent ces 20 minutes (je dis ça mais hier j'ai entendu
15).
Cependant par précaution, je vous en conjure, mettez votre gilet jaune, et restez du bon côté de la glissière, 20 minutes ne suffisent généralement pas à l'arrivée de la
dépaneuse. D'ailleurs j'y pense, les dépaneurs doivent trouver un paquet de morts !! Ils doivent stresser n'empêche : "putain Jean-Louis dépêche toi, t'as 20 minutes bordel !!".
J'attends impatiemment que les hautes autorités nous dévoilent l'augmentation significative de l'espérance de vie sur bande d'arrêt d'urgence due au port du gilet jaune.
Par PimenT
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Publié dans : Le PimenT PiQuE
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